Agglomération Côte Basque Adour

Conseil Départemental

8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 17:54

La FELCO (http://www.felco-creo.org/), qui représente les enseignants d'occitan de l'Education Nationale, a suivi le bref, trop bref débat du 27 octobre au Sénat (voir compte-rendu des débats : http://www.senat.fr/seances/s201510/s20151027/s20151027.pdf, p. 31), qui a abouti à un rejet du projet de loi constitutionnelle déposé et défendu par le Garde des Sceaux au nom du Gouvernement, visant à autoriser la ratification de la Charte européenne des langues régionales. Les enseignants d’occitan investis dans la promotion de l’occitan, comme des autres langues de France dans l’école de la République, ont été profondément heurtés par ce rejet qu’ils considèrent comme un acte de mépris envers ces langues et ces cultures, et qui leur donne le sentiment qu’une occasion a encore été manquée.

Certes, cet épisode ne fait que confirmer la tradition au nom de laquelle une bonne cinquantaine de propositions de loi parlementaires depuis 1958 n’ont même pas eu la chance d’être inscrites à l’ordre du jour de l’assemblée. Mais ne devrait-on pas savoir rompre parfois avec une tradition dépassée ? Nul doute que certaines stratégies politiciennes étrangères au fond du débat ont une fois de plus empêché qu’il se mène sérieusement et débouche sur un résultat positif, alors même que cette ratification qui figurait parmi les engagements du Président de la République aurait pu intervenir entre 2012 et 2014 dans un contexte politique nettement plus favorable.

Les adversaires de la charte s’abritent derrière un juridisme pointilleux, une sacralisation exagérée d’un texte constitutionnel qui en plus de cinquante ans a pourtant été régulièrement modifié sans que cela débouche sur quelque catastrophe que ce soit. Nous avouons ne pas voir en quoi les dispositions acceptées par la République au moment où son gouvernement a signé la charte pourraient déboucher sur l’implosion d’une France livrée aux communautarismes linguistiques. Nous croyons deviner qu’outre le contexte politique général à quelques mois des élections régionales, le fait que la Charte implique un rapport annuel élaboré par des experts européens chargés de suivre la façon dont les Etats appliquent la charte qu’ils ont ratifiée peut expliquer l’hostilité qu’elle suscite dans certains cercles. Et nous pouvons ne prendre que très faiblement au sérieux les propos lénifiants tenus par les adversaires du projet sur la « saveur » de telle ou telle langue, ou sur la nécessaire promotion, platoniquement proclamée, de ce patrimoine national.

Nous restons tout autant sceptiques quant à l’avenir de la proposition de loi de messieurs Bas et alii (http://www.senat.fr/leg/ppl15-096.html) sur le sujet, déposée, comme par remords, au moment même où la ratification de la charte était sommairement enterrée. Il n’est pas difficile au demeurant d’imaginer quelles réactions susciterait par exemple un article proposant tout bonnement de déroger à la loi Falloux en faveur des écoles privées proposant un enseignement immersif en langue régionale, et d’elles seules. Les porteurs de cette proposition circonstancielle ne l’ignorent sans doute pas.

En tout état de cause, la FELCO n’a jamais cru que la signature, puis la ratification de la charte constituaient une solution efficace aux problèmes rencontrés au quotidien par tous ceux qui travaillent à valoriser les langues de France, ne serait-ce que parce que les mesures acceptées par la France correspondent en gros à ce qui se fait déjà.

Notre amertume devant le résultat du vote du 27 octobre ne nous décourage donc pas de demander, avec d’autres un peu partout en France et dans tous les secteurs de l’opinion, l’adoption d’une loi vraiment ambitieuse permettant de sortir de la précarité dans laquelle nos langues se trouvent actuellement, en particulier dans le domaine de l’enseignement. Car entre la difficile application de textes réglementaires n’ayant pas force de loi et que certains acteurs de terrain peuvent donc ignorer volontairement, et les perspectives peu encourageantes ouvertes par la réforme du collège, malgré les assurances qui nous sont prodiguées, les motifs d’inquiétude ne manquent pas.

Bref, c’est peu dire qu’une politique vigoureuse assurant, au delà du seul domaine de l’enseignement, la promotion et la « sécurisation » de l’emploi des langues régionales dans les domaines de la vie quotidienne, de la création artistique et des médias est plus que jamais indispensable.

La FELCO demande donc au gouvernement et aux élus nationaux, conscients de leur responsabilité et des engagements qui avaient été pris, de parvenir avant 2017 et dans un esprit de large consensus, à l’élaboration et à l’adoption d’un projet de loi manifestant leur volonté de mener une telle politique. Dans cette perspective, elle est disposée à prêter son concours, si on le lui demande, à l’élaboration de ce texte.
Communiqué en ligne sur notre site : http://www.felco-creo.org/mdoc/detail_fr.php?categ=deputat&id=1722

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