Agglomération Côte Basque Adour

Conseil Départemental

5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 10:54

L'adjoint à la culture d'Anglet a présenté en Conseil Municipal le Schéma Culturel de la ville pour les prochaines années.
Un catalogue de 130 mesures, sans âme ni incarnation, un outil technique, voire technocratique, qui a le mérite d'exister mais dont on doute et de l'envie de le réaliser et des moyens qui seront mis pour l'accompagner.
Le maire n'a d'ailleurs pas prononcé le moindre mot pour défendre ce projet. Un manque d'engagement politique flagrant.

Je suis donc intervenu pour donner l'analyse que notre groupe d'opposition fait de ce schéma culturel.

Schéma Culturel de la ville d'Anglet: "Le catalogue que je redoute..!"

Intervention Schéma Culturel
4 juillet 2016
Guy Mo
ndorge

Monsieur, le Maire, mes chers collègues
Je m’en excuse par avance mais mon intervention sera un peu longue. Car le sujet le mérite.

Tout d’abord je voudrais me réjouir, avec mes collègues du groupe « Anglet, l’Avenir avec vous », et sans doute avec l’ensemble des acteurs culturels de la ville, qu’enfin, Monsieur le maire, vous nous présentiez un projet concernant globalement l’action culturelle de votre majorité.
Oui, je m’en réjouis car ceci parait se concrétiser par un schéma culturel. Je vous en félicite d’autant plus que ceci ne faisait pas partie de votre programme et que vous en avez seulement lancé l’idée en Septembre 2014, 6 mois après votre élection.
Vous l’aviez fait alors que commençait à frémir le sentiment d’incompréhension des angloys devant l’abandon de pans entiers de la dynamique culturelle lancée par l’équipe municipale précédente.
L’intention était bonne, mais le résultat qui nous est proposé aujourd’hui est loin d’être à la hauteur du budget et du temps que vous y avez consacré.

Nous vous avons entendu dire à de multiples reprises depuis votre élection que la culture n’était pas votre domaine de compétence, que vous faisiez confiance aux spécialistes et à votre adjoint.
Mais comment pouvez-vous leur laisser dire dans le préambule de ce schéma culturel que l’action culturelle n’est pas née à Anglet d’une volonté politique. Voulez vous faire ainsi injure à vos prédécesseurs. N’est-il pas du rôle d’un maire et d’un élu municipal d’être visionnaires pour leur ville, de créer les conditions pour que se développe l’indispensable action associative dans tous les domaines de la vie. Et en particulier dans le domaine culturel.
Ce ne semble pas être le cas dans vote équipe municipale puisque dans le descriptif des personnes ayant participé aux groupes de travail préparatoire vous ne citez même pas les élus, au moins ceux de votre majorité.
En niant cette responsabilité du politique, en confiant l’élaboration de ce schéma à un cabinet conseil, vous semblez prendre vos distances par avance du fait que ce schéma culturel n’est que la compilation de 130 mesures. Quid de l’incarnation, de la dynamique de pôle culturel ?
Vous nous proposez un catalogue. Si on n’y retrouvait pas de nombreux points incontournables déjà en place en 2014, j’aurais baptisé ce catalogue « Le catalogue que je redoute »
Car vous nous présentez un outil technique sans âme, qui n’indique jamais qui en seront les porteurs, les animateurs, sans nous donner la moindre indication sur les choix budgétaires qui seront les vôtres pour rendre ces mesures possibles.

N’est ce pas une façon d’occulter que vous avez pris vos fonctions dans cette ville alors qu’était en place un autre schéma culturel 2012-2020 qui avait été présenté en commission Culture, et dont les premiers axes étaient clairement lancés.
Pas une fois vous n’y faites référence alors que en reprenez parfois mot pour mot les projets et les actions.

Alors oui il y a d’excellentes choses dans ce schéma. Comme par exemple de remettre en avant des valeurs et des actions que vous avez niées ou arrêtées brutalement dès les premiers mois de votre mandat. Et que les citoyens qui ont été consultés ont réclamées car ils y adhéraient.
C’est le cas en particulier du Spectacle en famille, de la politique tarifaire, du spectacle jeune public, de la médiation, de la tranversalité inter-services en matière d’action culturelle, et j’en passe. Mais je reviendrai sur ces points là.

Vous aviez tiré à boulets rouges sur la volonté politique de la municipalité précédente en matière de culture. Vous avez fait de sa caricature un outil de campagne. Et aujourd’hui vous réinventez l’eau tiède.

Je ne passerai pas en détail les 130 mesures, ce serait fastidieux. Mais je souhaite rappeler des faits et des principes.
Vous parlez de la Bibliothèque comme étant l’entité centrale de la Culture à Anglet. Certes nous en devons les murs à Mr Barate.
Mais je voudrais rappeler qu’en 2008 elle était directement rattachée au DGS. C’est nous qui l’avons rattachée à la Direction de la Culture, c’est nous qui avons choisi de faire du directeur de la bibliothèque le Directeur adjoint aux affaires culturelles, sanctuarisant ainsi la transversalité interne de l’action culturelle sous toutes ses formes.
Tout ce qui bougeait culturellement sur Anglet, spectacle vivant, expositions, jumelage, actions croisées culture jeunesse, tout cela trouvait à l’époque son écho à la bibliothèque. Nous avons ainsi créé en 2012 le festival « à mots ouverts », qui était une coproduction liant étroitement lecture publique et spectacle vivant. Et nous avons également créé la bibliothèque des plages, une transversalité forte Culture –Tourisme. La mise en valeur des livres d’artistes, l’amplification de leur politique d’acquisition, nous ne vous avions pas attendus pour les réaliser.
Nous avions aussi doté la bibliothèque d’un fonds gascon et d’une synergie avec les fonds associatifs d’Aci Gasconha. Mais de cela vous ne parlez pas dans votre schéma. Sans doute une sous culture invisible aux yeux de votre cabinet de consultants.

Et si vous évoquez le fait que la bibliothèque craque dans ses coutures, je voudrais rappeler que notre schéma culturel envisageait son extension en réattribuant pour les actions de la bibliothèque l’ensemble de la salle Pompidou. Nous avions fait travailler sur ce projet le BTS design de Cantau. Nous pouvions envisager cette solution car nous souhaitions consacrer les 3 étages de Béatrix Enea aux arts plastiques, tant en lieu d’exposition qu’en lieu de création ou de résidence.
Vous avez fait d’autres choix. C’est votre droit. Nous verrons comment vous résoudrez l’équation de la nécessaire extension bâtimentaire de la bibliothèque.

Oui, on retrouve la bibliothèque dans votre schéma. Vous allez la revisiter, améliorer son équipement informatique…Qui pourrait s’en plaindre ?
Vous ne nous dites pas avec quels moyens, mais surtout vous ne nous dites pas non plus comment vous allez redonner un sens à son action, une complémentarité et une synergie avec le reste de l’action culturelle de la ville, en particulier le spectacle vivant et les arts plastiques.

Schéma Culturel de la ville d'Anglet: "Le catalogue que je redoute..!"

Car toutes les passerelles sont aujourd’hui coupées par vos choix. En confiant l’intégralité de la programmation spectacle vivant de la ville à la Scène Nationale, vous vous êtes privés de la liberté d’action. Vous avez coupé tous les ponts de la médiation culturelle.
Pour nous, la culture en famille était le porteur et le garant du transgénérationnel. Le spectacle jeune public le Dimanche AM était la base de la formation du spectateur de demain. Tout cela, vous l’avez supprimé et votre schéma propose de le réactiver. Quel aveu d’une erreur fondamentale de vos 2 premières années de mandat.
Et les rédacteurs de votre schéma n’hésitent devant aucune outrance : ils parlent de « Maintenir la politique tarifaire à l’égard des familles », de « renforcer les propositions « en famille » dans la programmation du théâtre et des équipements ». Serait-ce une blague… ?. Avez-vous oublié les tarifs familles du Dimanche Après midi, les goûters artistiques et les ateliers thématiques gratuits qui suivaient les spectacles, tout ce que vous avez arrêté en Janvier 2015.
Vous parlez de « développer les partenariats avec les structures associatives spécialisées ». Quelle découverte… ! Car qu’avez-vous fait des « instants d’après, des « after » qui suivaient gratuitement les spectacles de nos saisons culturelles. Ils étaient le plus souvent assurés par des compagnies ou associations issues des actions d’émergence aux Ecuries de Baroja. Et tout cela vous l’avez aussi arrêté.
Alors comment ne pas se réjouir de ce mea culpa et de cette mise en avant de leur retour en grâce. Mais ici aussi avec quels moyens, avec quelle impulsion ?

Alors vous nous parlez de volonté d’ouverture, de médiation. Mais vous oubliez (ou vous ne savez pas) que nous avons lancé ce processus il y a plusieurs années. Nous l’avions fait en remplaçant le personnel de surveillance d’exposition par de vrais médiateurs, travaillant en lien étroit avec le conseiller pédagogique de l’éducation nationale. Nous l’avions fait en créant les parcours médiatisés de la biennale, avec 6 médiateurs. Nous avions créé le poste de développement des publics pour le spectacle vivant et mis en place la médiation jeune public. Alors, si vous faites plus et mieux, tant mieux. Mais n’affichez pas ceci comme une découverte ou une nouveauté.


Alors bien sûr vous vous drapez dans la toge de la qualité. Que veut dire ce mot de « qualité « dans la bouche des rédacteurs de ce schéma . Se sentir obligé d’employer et d’écrire ce mot, le brandir comme un drapeau, n’est ce pas la preuve du manque de certitude qui est le vôtre de pouvoir assumer vos ambitions.
N’est ce pas uniquement une façon de dévaloriser l’action culturelle de l’équipe précédente. Une façon polie de nous accuser d’avoir fait de la sous-culture, du divertissement populaire.

En proposant désormais une « offre culturelle de qualité », vous faites insulte aux publics qui se pressaient dans nos saisons culturelles, dans nos festivals, dans nos expositions. Et qui sont souvent les mêmes que ceux qui viennent aujourd’hui.
La biennale d’Art 2013 n’était-elle pas un moment de qualité, avec par exemple des artistes comme Mathieu Mercé qui expose aujourd’hui à New York et dans le monde entier ? L’exposition Cromelink par exemple n’avait-elle pas l’envergure internationale qui a mis, comme l’a dit Mr Lesgourgues vendredi dernier, Anglet en position de phare entre le Guggenheim et Bordeaux ?
Devrions nous rougir du dernier spectacle en famille à Quintaou avec Eric Bouvron qui vient de recevoir le Molière pour son adaptation du Cavalier de Kessel ? Etait-ce un sous-produit culturel ?
Nos spectacles de saison, tant au chapiteau que pendant les 6 premiers mois de Quintaou, l’adaptation du Faust de Murnau, les spectacles autour du SIDA, de la déportation, les Jours heureux, Jazz sur l’Herbe, tous réalisés sous maîtrise d’ouvrage des services culturels de la ville, avaient-ils à rougir devant beaucoup d’autres programmations.

Schéma Culturel de la ville d'Anglet: "Le catalogue que je redoute..!"

Car aujourd’hui, que reste-t-il de tout cela?
Rien, sauf la programmation de la Scène Nationale, programmation de qualité, certes, mais hors sol, sans la moindre médiation locale.
Et heureusement le foisonnement et l’éclectisme de la vie culturelle des Ecuries, héritée de notre volonté politique d’ouvrir ce lieu que nous avions trouvé réservé en 2008 à une dizaine d’associations privilégiées et dans lesquelles on ne trouve plus aujourd’hui le moindre créneau de libre. Car nous avions élevé les Ecuries dans notre schéma culturel au statut de « centre d’émergence des pratiques amateurs »
Avec son chapiteau Théâtre, un outil merveilleux dont vous avez également hérité , Baroja est ainsi devenu un lieu incontournable de la culture à Anglet. Vous semblez vouloir poursuivre sur ce chemin, mais comment comprendre les incohérences de vos mesures 7-1-2 et 7-1-4, l’une affirmant le maintien de la programmation au chapiteau de Baroja, l’autre prévoyant d’en transférer la programmation en vue de son remplacement ?

De tous mes propos, vous allez retenir que nous avions déjà fait ou lancé tout ce que vous nous proposez. Vous allez comme d’habitude plaisanter en disant que si nous avions si bien travaillé, vous ne seriez pas maire aujourd’hui. Et nous dire qu’étant maire, vous êtes légitimes pour faire tout ce que vous voulez.
Mais ces pirouettes oratoires ne vous dédouaneront pas de la responsabilité d’avoir pris 2 ans de retard pour sanctuariser ces 130 propositions. Car sur ces 130 mesures, j’en ai compté au moins 90 qui sont déjà en place mais que vous aviez négligées ou mal suivies, ou que vous aviez arrêtées et que vous allez reprendre.

J’en ai également compté une vingtaine qui étaient dans nos projets à long terme, mais que nous savions ne pouvoir réaliser que lorsque nous pourrions y consacrer les budgets nécessaires. C’est par exemple le cas de la climatisation de la salle Zingaro, ou de la réalisation de gradins rétractables dans la Blackbox de Quintaou. Ce sont de bonnes mesures, mais comment les budgèterez vous ? Tous vos projets dérapent déjà budgétairement (Beatrix Enea, CTM) au niveau des avant projets. Si j’ai bien compris même des opérations courantes nécessitent des rallonges budgétaires comme l’expo Pinchon. A moins que la Culture ne devienne votre priorité, j’ai de sérieuses inquiétudes sur le réalisme des propositions de votre catalogue.

Je pourrais poursuivre longtemps ma lecture critique de votre schéma culturel. Je m’arrêterai pourtant en ciblant quelques désaccords importants :

-celui de l’acquisition de l’atelier Viseux.
Bien sûr le lieu peut paraître magique, son contenu important, le côté affectif ou le lien art contemporain contraignants.
Mais il est mal placé, d’accessibilité publique difficile. La vie d’un tel lieu, que ce soit en résidences ou en médiation, ainsi qu’en entretien de bâtiment , est loin d’être budgétairement négligeable. Nous avions reculé devant cette démarche ; qui nous parait une fausse bonne idée. Mais vous déciderez

- celui de votre vision de la programmation musiques actuelles.
L’Atabal à Biarritz, le Magnéto à Bayonne répondent déjà à ce besoin. Vous parlez de cohérence territoriale. Alors pourquoi entrer en concurrence et ne pas prendre un créneau qui n’existe pas ailleurs à ma connaissance, celui de la musique électro.
C’est en particulier pour accueillir ce type de programmation qu’avait été conçue la Blackbox de Quintaou. C’est une forme émergente sur laquelle les jeunes sont en attente.
La décision vous appartient

En conclusion, notre schéma culturel 2012-2020 parlait de valeurs. La vie Culturelle était pour nous un objectif , une richesse, un capital pour demain
Nos valeurs étaient
- La Culture en Famille
- La Culture partagée c'est-à-dire la culture pour tous.
- La culture de proximité, en rapprochant vie culturelle et vie quotidienne
- Une Culture qui surprend, loin des lieux et des routines traditionnels

Votre schéma parle d’enjeux. Pour vous la Culture n’est pas un objectif, mais un moyen. Elle est un outil pour réaliser d’autres objectifs bien flous.
- La Culture outil de cohésion sociale
- La culture vecteur du développement territorial
- Une nouvelle gouvernance culturelle

C’est un langage technocratique dont ne ressort aucune envie, aucune appropriation.

Alors, comme il a heureusement dans ce schéma beaucoup de mesures indispensables , il est impossible de voter contre.
Mais nous avons bien trop peu de confiance dans votre volonté de faire vivre les valeurs que nous avions posées et que vous avez enterrées à peine arrivé au commandes, nous avons trop de certitudes sur le peu d’intérêt que vous portez à la vie culturelle angloye pour adhérer à ce schéma .

Nous avion inventé pendant le mandat de Mr Villenave le concept d’abstention active. J’y rajouterai ce soir le concept d’abstention dubitative et intéressée.
Nous jugerons sur pièces. Et nous nous croiserons un peu plus souvent, je l’espère, dans les lieux de culture de la ville.

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