Agglomération Côte Basque Adour

Conseil Départemental

23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 22:22

L'Académie Gasconne de Bayonne traverse le temps.

90 ans après sa création, elle agit plus que jamais pour une prise de conscience historique, sociologique et politique de son statut de langue régionale à parité avec la langue basque sur l'aire géographique de l'EPCI Pays Basque.

En tant que Président de l'Académie Gasconne, c'est ce que j'ai affirmé, en compagnie de notre bureau directeur , lors d'une conférence de presse tenue ce matin dans nos locaux de la rue du Moulin à Bayonne

Voici le résumé de cette conférence de presse

La langue gasconne aura-t-elle sa place dans l'EPCI Pays Basque

Je vais me permettre en préambule un petit rappel historique

En 1887, l’Académie de Toulouse et le comité d’organisation de l’exposition  Internationale  lançait auprès des instituteurs de l’ensemble du Piémont Pyrénéen une opération de collectage. Le projet était que chacun de ces instituteurs, outre qu’il était appelé à fournir des données sociologiques sur la commune ou le quartier  où il exerçait, devait envoyer la version locale de 2 contes communs à l’ensemble de cette région (La légende de Barbazan et la légende de Tantugou) dans l’idiome local employé par la population.
Ce collectage a donné lieu cette année là à l’édition par Mr Julien Sacaze d’un ouvrage en 35 volumes, dans lesquels le gascon et le basque, comme toutes les variantes locales occitanes, sont déjà qualifiés « d’idiomes anciens »

Autant dire qu’en 2016, 130 ans après,  parler et vouloir faire vivre nos langues régionales peut paraître anachronique, voire inutile. Et pourtant c’est dans ces langues et dans ces cultures que résident à la fois la mémoire de ce qui a bâti notre réalité d’aujourd’hui et les briques de construction de notre futur.

A l’époque (1887), en ce qui concerne l’arrondissement de Bayonne, les résultats de ce collectage sont très parlants : 14 communes, et non des moindres à l’époque,  parlaient gascon.

Anglet (1839h), Bayonne(27289h), Biarritz (8444h), Boucau (2720h), Arancou (263h), Bergouey (324h), Bidache (2644h), Came (1525h), Guiche (1410h), Sames (815h), Viellenave((130h), Labastide Clairence (1408h), Urt (1730h)

En 1926, un certain nombre de notables bayonnais s’inquiètent déjà de voir le déclin dans l’usage, mais aussi l’afflux de gallicisme dans ce qu’ils appellent le « Gascon de Bayonne ».
Pour porter la défense et illustration de cette langue millénaire dans la cité bayonnaise, ils fondent l’Académie gasconne de Bayonne.

Autour de Pierre Simonet , Avocat et Conseiller Général , de Pierre Rectoran, de Carlito Oyarzun, 40 notables bayonnais constituent cette Académie, qui se donne un statut associatif, et qui fête aujourd’hui son 90éme anniversaire.

Hébergée dès le premier jour par la mairie de Bayonne dans ces locaux de la rue du Moulin qu’elle n’a jamais quittés, elle ne compte plus aujourd’hui que 25 académiciens. Mais l’année 2017 devrait voir entrer sous sa modeste coupole 4 ou 5 nouveaux membres, preuve que la langue et la culture gasconne sont loin, dans ce Bas Adour Maritime de la mort annoncée que leur prédisent les Cassandre .

La baisse des échanges fluviaux qui transportaient les marchandises, mais aussi la langue et les échanges culturels vers Bayonne , ont pesé sur la place du gascon en tant que langue véhiculaire.
Le statut de destination touristique internationale pris par la ville de Biarritz a fait exploser son identité gasconne en même temps que sa démographie. L’exode rural vers les métropoles urbaines a provoqué l’afflux de locuteurs basques sur Bayonne et surtout Anglet , qui de 1839h en 1887 en compte aujourd’hui plus de 40 000.

Difficile dans ces conditions pour une langue régionale, un idiome local comme l’appelaient les fonctionnaires du 19° siècle, de survivre et de garder sa fonction sociale. Et pourtant le gascon n’est pas mort. Que ce soit dans la toponymie comme dans les traditions, langue et culture gasconnes sont toujours vivantes au XXI° siècle dans l’Agglomération bayonnaise, mais aussi dans toute cette bande de terre que constitue la rive gauche de l’Adour et des gaves réunis dans les Pyrénées Atlantiques. Côté Landais, tout le long de la rive droite de l’Adour, mais aussi dans tout le bassin  de l’ancien cours de ce fleuve capricieux, jusqu’à Vieux Boucau et dans le Maransin, la langue gasconne résonne quotidiennement.

Je vais donc vous présenter le plus synthétiquement possible les 3 points qui justifient cette conférence de presse. Nous répondrons ensuite à vos questions, et nous espérons qu’il y en aura beaucoup.


La Modification des Statuts de l’Académie


Les membres de l’Académie Gasconne viennent de tout ce bassin de vie. Ils portent cette identité commune et parlent, aux différences locales près, la même langue millénaire.

90 ans après sa création, l’Académie avait donc besoin de revisiter ses statuts.
Elle a donc en 2016 élu un nouveau Bureau. Mes collègues m’ont fait l’honneur de m’en confier la présidence. Yvan Barreyre est notre nouveau Vice Président.
Amédée Baris était, reste et restera notre Secrétaire perpétuel, et il est secondé pour toutes les tâches administratives par notre secrétaire adjoint  Guy Miremont. C’est aussi Guy Miremont qui assume la lourde tâche du passage de l’Académie dans le monde du numérique, tant au niveau du site internet que des réseaux sociaux. 
Quant à la Trésorerie, elle est tenue par Marcel Sarraute, qui a bien du mal à joindre les deux bouts, compte tenu de la très faible implication des collectivités locales dans la vie de l’Académie.
Merci à la ville de Bayonne qui nous héberge depuis 1926 dans ces locaux et nous octroie 700€ de subvention annuelle. Un détail cependant, l’Académie paye pour son « Ostau » la modique somme de 500 € en taxe d’habitation. Calculez vous-même ce qu’il nous reste…
Et merci aussi au Conseil Départemental 64 qui, sur le million d’€ fléché vers la culture Occitane, laisse tomber  500€ dans notre sébille.
Par diverses activités, édition littéraire, cours de langue, traductions, et bien sûr en payant leur cotisation annuelle,  les académiciens  assurent pour l’essentiel  les maigres subsides qui nous permettent de vivre.

Nous sommes, et nous avons l’ambition de rester le pôle référent de la langue occitane dans de Bas Adour Maritime. Nous travaillons déjà depuis de nombreuses années avec l’INOC (Institut Occitan), et nous cheminons pour intégrer l’Office Public de la Langue Occitane, dont le siège pour les régions Aquitaine et Occitanie est aujourd’hui à Toulouse.

Ce sont tous ces éléments que nous avons voulu rajouter dans les nouveaux statuts de l’association, ainsi que 2 modifications d’importance.

La première, c’est celle de changer  le nom de l’association. Baptisée par ses créateurs à une époque où il était possible de trouver dans Bayonne 40 gascons parlant et écrivant fluidement et qualitativement  le gascon de Bayonne , le nom d’Académie Gasconne de Bayonne ne correspondait plus à la composition actuelle de l’Académie.
A l’époque, les Académiciens étaient tous des notables bayonnais, élus, commerçants, artistes. Le gascon était la langue du peuple, mais aussi celle de ses élites.

Les temps ont changé, et bien peu de ceux qui font la vie publique de l’agglomération bayonnaise osent affirmer, voire même simplement se rappeler leurs origines gasconnes.

Les académiciens d’aujourd’hui viennent donc de tout le Bas Adour, qu’il soit 64 ou 40. Il était important que nous en prenions acte. L’académie portera donc désormais le nom gascon d’Academia Gascona de Baiona-Ador. Son aire d’influence s’étendra désormais sur l’ensemble de ce territoire qui de Bergouey à Vieux Boucau et de St Sever à Biarritz parle notre langue et vit ses traditions, de la Maiada aux quilles de 6 , au son des cantèras et des rondeaux.

Comme nous le faisait remarquer avec cet humour gascon qui le caractérise notre Vice Président, Yvan Barreyre, l’acronyme de notre association, AGBA, remplacera ainsi à point nommé celui de l’Agglomération en cours de disparition, ACBA.

La seconde modification, c’est celle de créer au sein de l’association un deuxième collège.

Le Collège des Académiciens continuera avec les mêmes règles : 40 membres maximum, tous locuteurs et écrivants (pour être plus modeste que le grand mot d’écrivain) de notre langue.

Pour les accompagner, nous avons voulu associer à la dynamique de l’Académie toutes les personnes, plus ou moins éloignées de la langue , mais qui désirent la retrouver et se battre auprès de nous pour redonner sa place à la culture gasconne en Bas Adour maritime.  Nous avons aussi voulu y associer toutes les personnes morales, entreprises, communes, collectivités locales, qui se sentent concernées et sont persuadées que la langue gasconne reste une langue d’accueil et de communication dans leur domaine d’activité ou leur aire de responsabilité.
Nous avons donc créé un Collège des Sociétaires , qui répondra à ces attentes et à ce besoin.

Si la cooptation reste la règle pour le Collège des Académiciens, il suffira pour rejoindre le Collège des Sociétaires d’acquitter  la modeste cotisation annuelle de 10€. Pour les personnes morales, cette cotisation a été fixée à 50€.

Pour 2017, nous solliciterons la reconnaissance par l’Etat du statut d’Association reconnue d’utilité publique.

Les 90 ans de l’Académie

Je vous le disais en préambule, l’Académie fête en cette année 2016 son 90° anniversaire.

Il était important de donner à cette antériorité vénérable un éclat particulier. C’est ce que nous allons faire tout au long de l’année à venir.

Notre Chapitre de Noël, qui se tiendra  le vendredi 9 décembre à 15h à la Salle Sainte Ursule à Bayonne, sera l’occasion de lancer cette année évènementielle. Nous en profiterons pour évoquer les moments importants de notre histoire et les personnages hors du commun qui ont fait la vie culturelle bayonnaise tout au long du 20° siècle.

La vie et la présence de la culture gasconne est rythmée par de nombreuses initiatives associatives, parfois soutenues par des communes.  C’est en particulier le cas à Anglet, où la Maiada est devenue un rendez-vous traditionnel.
L’année prochaine, en synergie avec l’association Aci Gasconha et la Bibliothèque d’Anglet, cette Maiada prendra une dimension particulière et sera le moment fort de l’anniversaire de notre Académie.  S’il est trop tôt pour en dévoiler les détails, je puis vous assurer qu’en terme de spectacle vivant, de littérature, d’ouverture vers le jeune public, mais aussi de rencontres professionnelles, l’édition 2017 de la Maiada angloye et de l’Académie gasconne satisfera les plus exigeants. Elle se déroulera du 26 Avril au 1er Mai.

Nous n’oublions pas que le berceau de l’Académie est profondément Bayonnais. Plusieurs rendez vous culturels, sous forme de conférences , seront proposés dans des lieux emblématiques de la vie culturelle bayonnaise (Université, Musées, etc).
Et bien sûr aussi la découverte du patrimoine matériel et immatériel gascon, en gascon, tout au long des rues de notre ville siège.

Enfin , pour mettre en application nos nouveaux statuts, nos Chapitres trimestriels voyageront  et , comme le jeu des 1000€, se tiendront dans les communes qui manifesteront le désir de les accueillir.

 

 

Langue et Culture gasconnes  et EPCI Pays Basque

Des statuts réactualisés et ambitieux, des propositions d’offre culturelle, des animations, une présence vivante et visible de la langue et de la culture gasconne, ce sont les objectifs de l’Académie et de ses 2 collèges.

Mais ces objectifs ne pourront être atteints qu’à la condition d’obtenir, pour notre langue et ses expressions culturelles, la reconnaissance institutionnelle indispensable.

C’est malheureusement là que le bât blesse. Comme je vous le disais en parlant des statuts, le volet financier que représentent les subventions départementales, communautaires, municipales , est un volet indispensable à cette reconnaissance. C’est lui qui nous permet d’agir, de vivre, sinon de survivre….Il est à l’heure actuelle minimaliste.

Mais s’il est nécessaire, ce volet est loin d’être suffisant. Car la reconnaissance institutionnelle passe aussi par un discours politique porté par les élus, et une prise de compétence de la part des collectivités locales vis-à-vis de notre langue et de notre culture.
Cela passe aussi par la visibilité et l’acceptation de la complémentarité et de la différence, jusques et y compris par la systématisation de l’affichage bilingue ou trilingue dans le quotidien de ces collectivités.

Nous sommes très loin du compte aujourd’hui, et les Académiciens gascon souhaitent lancer un cri d’alarme. Dans un paysage d’organisation territoriale mouvant, avec la création au 1° Janvier 2017 du nouvel EPCI Pays Basque, c’est pour tout le milieu culturel gascon un saut vers l’inconnu.

Samedi dernier, un Forum se tenait au musée basque, à l’initiative de l’Académie de la langue basque (Euskalzaindia) et de la plateforme EukalKonfederazioa, autour des défis du futur EPCI.

La conclusion de l’article de presse annonçant ce forum est pleine de sens :
« Le message adressé aux institutions et autres acteurs sera clair : à partir de Janvier, il ne suffira plus de se plaindre qu’il n’existe pas de cadre légal en France. Chacun devra assumer ses responsabilités dans l’échec ou le succès de la prochaine politique linguistique »

Cette conclusion, même si elle ne dit pas un mot de la langue gasconne, nous en partageons le constat, et nous la vivons avec beaucoup plus d’inquiétude encore que nos amis basques.

Bien sûr, nous direz vous, que ne faites vous pas la même chose, vous, les gascons… ? Bougez vous…parlez…criez…
Mais le contexte politique n’a jamais permis en Pays Pays Basque de faire avancer des exigences comme la mise en place d’un office publique de la langue gasconne ou d’un Institut Culturel Gascon.
Les contrats territoriaux et les plans Etat Région successifs ont laissé culture et langue gasconne sur le bord de la route.

Je vous répondrai donc que nous ne jouons pas dans la même cour que nos amis basques. Nous ne sommes pas portés par une vague médiatique et politique.

Sur le million d’€ attribué par le Conseil Départemental à la langue et la culture occitanes sur l’ensemble du département (la même somme étant attribuée à la langue et la culture  basques) seule une dizaine de milliers d’€ vient soutenir l’action associative dans la zone d’influence gasconne du Bas Adour. L’ensemble du million d€ attribué à la langue basque retombe lui sur le territoire du futur EPCI.

En outre , aucune possibilité pour les gascons du Bas Adour de s’appuyer sur des financements ou une volonté politique venue d’un état voisin, je veux parler de la communauté d’Euskadi.

Comment être audible, visible, dans ces conditions.

Sur les 14 communes de la rive gauche de l’Adour en Pyrénées Atlantiques, à l’historicité gasconne millénaire avérée, ces 14 communes  dont je vous parlais tout à l’heure, toutes inclues dans le futur EPCI Pays Basque, combien portent et accompagnent de façon significative la langue et la culture gasconne.

Que reste-t-il dans le Contrat Territorial Pays Basque des quelques dizaines de milliers d’€ arrachées aux forceps au Département 64, et qui avaient permis, de 2011 à 2015, des actions de collectage oral en pays gascon maritime, et l’ouverture d’un fonds gascon de littérature contemporaine à la bibliothèque d’Anglet. Yvan Barreyre pourra vous parler de ces actions de collectage et de la difficulté qu’il y a à le réaliser.

Lorsqu’on regarde le projet de l’EPCI Pays Basque, lorsqu’on écoute les débats actuels sur les choix de prise de compétence de l’institution, on cherche désespérément ce qui se dit sur la langue et la culture gasconne. Mis à part quelques mots convenus, mise à part une vague présence dans quelques organigrammes, on ne trouve jamais la moindre allusion à un budget dédié ou à une éventuelle considération paritaire avec l’autre langue régionale de notre territoire, la langue basque.

Pire, on n’entend plus un seul élu du territoire porter cette revendication, pourtant historiquement et culturellement légitime et incontournable.

Si cette conférence de presse, si votre présence parmi nous, si l’écho que vous donnerez de l’appel que l’Académie Gasconne lance aujourd’hui sont déclencheurs d’une prise de conscience, chez les citoyens du Bas Adour, mais aussi et surtout chez ceux qu’ils ont élus et qui les représentent, sans oublier bien sûr tous les défenseurs de la langue basque, que nous respectons mais qui ne nous connaissent pas , alors nous n’auront pas ce matin perdu notre temps.

Nous sommes prêts à travailler avec eux. Ils savent désormais où nous trouver.
Nous allons demander à rencontrer les maires et les conseillers municipaux des 14 communes gasconnes de l’EPCI Pays Basque. Mais notre appel vaut aussi pour le Conseil Départemental des Landes, le Conseil Régional, toutes les communes et les structures  intéressées par notre démarche culturelle.

Car notre démarche n’a été , n’est et ne sera jamais que culturelle.
L’Academia Gascona n’intervient  pas dans les débats politiciens et ne juge pas du bien fondé ou de la légalité de la démarche de mise en place d’une nouvelle entité territoriale.

Mais elle souhaite prendre sa place, toute sa place , dans le paysage culturel  d’une part non négligeable de son territoire, les 14 communes gasconnes représentant  50% de la population du futur EPCI.

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